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EUTOPIE : Voyages géographiques, oniriques et poétiques de M. Rigan

PARTI POUR CROATAN

2 films de Sergio Leone : "Pour une poignée de dollars" et "Et pour quelques dollars de plus"

Publié le 27 Septembre 2015 par Mako Rigan in Cinéma, Sergio Leone, Ennio Morricone, Merveilles du monde

Les deux sont les premiers volets de ce qu'on appellera plus tard la Trilogie du dollar ou la Trilogie de l'homme sans nom, mettant en scène Clint Eastwood dans le rôle principal et s'achevant par le chef-d’œuvre « Le Bon, la Brute et le Truand » (“Il buono, il brutto, il cattivo” / “The Good, the Bad and the Ugly).
 
 
Pour une poignée de dollars (Per un pugno di dollari / A Fistful of Dollars), 1964
 
A l'époque ce film s'est fait massacrer par la critique française, qui l'a trouvé creux, trop violent, trop lent. C'est un remake d'un film de Kurosawa, Le Garde du corps (Yojimbo), sorti en 1961, ce qui voudra à Leone un procès concernant les droits d'auteur. L'histoire commence par l'arrivée d'un homme dans une ville mexicaine près de la frontière des USA. La ville est dominée par la violence de deux familles rivales qui se font la guerre pour en prendre le contrôle, les Baxter, originaires du Texas, et les Rojo (Rodos, dans la version française). L'homme sans nom est accueilli rudement par un aubergiste, qui l'informe qu'ici on devient riche ou on meurt. Un croque-mort prépare joyeusement des cercueils. Le nouveau venu se fait menacer par trois hommes du clan Baxter qu'il abat. Après ça il se fait embaucher par les Rojo pour travailler avec eux. Mais sa présence ne fait pas l'unanimité parmi les Rojo et on parle de le faire disparaître. Il va passer tantôt du côté des Baxter, tantôt de celui des Rojo pour les pousser à s’entre-tuer tout en leur soutirant de l'argent.
Clint Eastwood joue un personnage énigmatique et très peu bavard. On ne sait rien de celui qu'il incarne. Il est devenu célèbre internationalement grâce à son rôle de mercenaire justicier éliminant les gangs pour ramener la paix dans les endroits où il passe. Gian Maria Volontè joue le rôle de Ramon, la terreur du clan Rojo, fin tireur et homme cruel. Je l'ai trouvé sublime dans son jeu. Au niveau de l'histoire, la trame m'a semblé assez basique, les personnages n'ont pas de grande profondeur psychologique. La musique d'Ennio Morricone, vieil ami de Leone, qui a rendu ses westerns mythiques, est là. Mais elle sonne comme une esquisse des chefs-d’œuvre qu'il feront plus tard ensemble. Je trouve que le brio de leur association est encore en germe dans ce premier film. Elle révélera tout son génie sur la durée. Dans le film d'origine de Kurosawa, c'est un samouraï qui se faisait embaucher par des clans japonais rivaux. Leone a voulu transposer l'histoire aux États-Unis.
 
 
Et pour quelques dollars de plus (Per qualche dollaro in più / For a Few Dollars More), 1965
 
Clint Eastwood tient toujours le rôle du chasseur de primes et Gian Maria Volontè celui du méchant (L'Indien). Lee Van Cleef, l'acteur au regard perçant connu pour ses rôles de méchants dans les westerns, joue un chasseur de primes redoutable et concurrent de l'homme sans nom (le Colonel Douglas Mortimer).
L'Indien, tueur psychopathe et drogué, s'évade de prison grâce à l'aide de sa bande. Il tue son compagnon de cellule, puis celui qui l'avait livré, après avoir abattu devant lui sa femme et leur enfant. Il annonce à sa bande qu'il vont attaquer la banque d'El Paso, célèbre pour être la mieux gardée de l'Ouest, car il a pris connaisance du secret de cette banque : l'argent n'est pas gardé dans le coffre, mais dans un meuble que le compagnon de cellule qu'il a abattu avait construit. Le Manchot et Mortimer, tous les deux sur la trace de L'Indien, finissent par se rencontrer et se disputent la place de celui qui aura la tête de l'assassin. J'ai trouvé la mise en scène de la dispute géniale. Du grand Leone qui filme deux hommes qui s'affrontent sans se battre en duel, à la fois viril et drôle. Chacun à leur tour les deux mercenaires vont intégrer la bande de L'Indien pour lui ravir des informations. Mais les deux hommes se méfient l'un de l'autre.
Ce film m'a fait l'effet de voir du grand Sergio Leone, avec certains de ses traits caractéristiques : l'humour (les chapeaux des chasseurs de primes qui volent quand ils s'affrontent, les coups de bluff que Le Manchot fait à L'Indien...), les longs plans fixes et les zooms sur les visages, les flash-backs, le thème de l'objet musical (ici une montre musicale) qui traverse toute l'histoire et fait le lien avec un passé dévoilé très lentement, jusqu'à la musique de Morricone (avec trompette et orgue), que cette fois j'ai trouvé grandiose. Fait marquant : elle sonne comme une esquisse de celle de “Le Bon, la Brute et le Truand”, dernier film de la trilogie, le thème d'“Il Triello” (3e volet) rappellant celui de “La Resa dei Conti” (2e volet). La fin m'a touché, le comportement de Mortimer qui, cachant depuis le début l'enjeu personnel qu'il avait à retrouver L'Indien, laisse tout l'argent au Manchot. Finalement la motivation de son personnage est peut-être plus noble que celle de celui joué par Eastwood.
 
 
Je rajoute pour le plaisir les deux morceaux dont j'ai parlé : "La Resa dei Conti" extrait de Et pour quelques dollars de plus" (1965) et "Il Triello" de Le Bon, la Brute et le Truand (1966) :
 

(avec la scène finale de "Le Bon, la Brute et le Truand"...)

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