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EUTOPIE : Voyages géographiques, oniriques et poétiques de M. Rigan

PARTI POUR CROATAN

2 films d'Oliver Hirschbiegel : "Invasion" et "Five minutes of Heaven"

Publié le 22 Septembre 2015 par Mako Rigan in Cinéma

Invasion, 2007
 
Hirschbiegel a déjà réalisé plusieurs films qui l'ont fait remarquer : L'Expérience (Das Experiment, 2001), qui met en scène de faux prisonniers et de faux gardiens, et La Chute (Der Untergang, 2004), qui raconte les derniers jours de la vie d'Hitler.
Invasion, sorti en 2007, est la 4e adaptation d'un roman de science-fiction, L'Invasion des profanateurs (The Body Snatchers) de Jack Finney. Après le crash d'une navette spatiale aux USA, une matière étrange se répand. Ceux qui entrent en contact avec elle se transforment durant leur sommeil. En apparence ils sont les mêmes, mais leur comportement change et n'ont plus d'émotions. La psychiatre Carol Bennel (Nicole Kidman), qui élève seule son fils, remarque les changements autour de soi. L'étau se resserre autour d'elle : de plus en plus de gens se sont transformés et son fils part en week-end chez son père, qui est déjà passé de l'autre coté. J'ai aimé la tension montante de cette atmosphère paranoïaque. Au summum de l’encerclement de l'héroïne, une scène m'a presque fait éclater de rire. Alors qu'elle était à bout de nerfs dans la rue, arrivant au milieu d'une foule de gens quasi-immobiles, un de ces pseudos zombis lui murmure de faire semblant d'être des leurs : en ne montrant pas ses émotions. Ça m'a rappelé avec émotion que dans chaque occupation ou processus d'uniformisation, il y a des formes de résistances, même si elles ne sont pas visibles au premier coup d’œil. U lien avec la politique et le changement social devient plus explicite au moment où des humains transformés vantent à Carol le monde sans guerre qu'ils veulent construire. Ça m'a rappelé le thème d'Equilibrium.
 

("The Invasion" dans le titre original, "Invasion" dans la version française)

 
 
Five Minutes of Heaven, 2009
 
Irlande du Nord, 1975 : pour répondre aux attaques de l'IRA contre les loyalistes britanniques, l'Ulster Volunteer Force (UVF), fidèle au gouvernement britannique, attaque ceux qui se déclarent républicains. Alistair Little, 17 ans, chef zélé d'une cellule de l'UVF, transmet à ses camarades l'ordre qui leur a été donné de tuer James Griffin, un jeune de 19 ans ayant affiché des sympathies républicaines. Little abat Griffin froidement, de nuit à travers la fenêtre de chez lui, sous le regard terrifié de Joe, le petit frère de 8 ans. Little fait 12 ans de prison. 33 ans après le meurtre, il n'y a plus de lutte armée en Irlande du Nord. Little et Joe Griffin sont invités à se rencontrer dans le cadre d'un projet de réconciliation. Little joue le jeu, mais Griffin est extrêmement nerveux. Ce dernier a prévu de tuer l'assassin de son frère. Sommé de se soumettre aux contraintes techniques de la couverture médiatique de la rencontre, il finit par péter les plombs et quitte le lieu, empêchant la rencontre d'avoir lieu. Mais les deux hommes sont obsédés l'un par l'autre. La mort les a irrémédiablement liés.
 
J'ai beaucoup aimé ce film, même si ça a été un sacré défi de le regarder en version originale sans sous-titres. Les dialogues avec l'accent irlandais, c'était de la compétition de haut vol ! Pourtant les oscillations émotionnelles de ces deux hommes m’ont touché en profondeur : l'un dans la culpabilité et l'autre dans la haine. J'ai successivement souhaité que leur rencontre puisse se faire, puis pas devant le toc étouffant de la couverture télé, que Little soit pardonné pour ne plus être torturé par sa conscience, puis que Griffin puisse tuer Little pour ne plus être torturé par la sienne…
Mais comme souvent la vie a plus d'imagination que nous, la voie qui se trace à la fin du film est paradoxalement un peu comme la vie : elle peut surprendre quand on a pensé avoir déjà envisagé toutes les possibilités.
A mes yeux cette histoire pourrait être transposée dans n'importe quelle région du monde où il y a des guerres ou des guerres civiles. J'ai le sentiment que le conflit entre l'UVF et l'IRA était pour Hirschbiegel un prétexte pour nous parler de quelque chose de plus universel : les motivations individuelles, la place de la conscience qui peut freiner l'évolution personnelle, celle du souvenir dans la construction d'une paix, le pardon et la haine.
 
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